Le plus grand mensonge de la spiritualité moderne est de nous faire croire que l'éveil se passe uniquement dans la tête.
Vous pouvez réciter tous les mantras du monde : si votre système nerveux est coincé en mode survie, votre quête de paix n'est qu'une fuite. Le véritable Bâtisseur ne s'évapore pas dans les étoiles ; il redescend dans la chair.
Nous avons allumé notre foyer intérieur, nous avons appris à le protéger dans l'arène professionnelle, et nous avons pacifié nos relations face au jugement. Le Bâtisseur est désormais solidement assis sur son trône. Mais un trône ne flotte pas dans les nuages. Il est posé sur la terre, et l'esprit qui l'habite est logé dans un véhicule de chair et de sang.
C'est l'un des plus grands angles morts du développement personnel moderne : croire que la transformation n'est que psychologique ou vibratoire. Or, on ne peut pas faire circuler une lumière nouvelle et puissante dans un système nerveux court-circuité par la survie, ou dans un corps saturé de toxines.
Pour que l'Homme Solaire puisse rayonner sans s'épuiser, il doit accomplir l'œuvre la plus concrète de son alchimie : nettoyer l'Athanor corporel pour transmuter le feu du dragon.
Ce que la mythologie alchimique appelle "le dragon", ce n'est rien d'autre que notre système nerveux sympathique. C'est cette énergie brute, animale, reptilienne, qui s'enflamme pour nous faire fuir ou combattre.
Lorsque nous avons vécu dans l'urgence, dans l'angoisse financière ou dans la survie affective (le Mendiant), ce dragon a tourné à plein régime pendant des années. Même lorsque le mental se pacifie, le corps, lui, reste souvent coincé en alerte orange. L'anxiété n'est pas qu'une idée sombre dans la tête ; c'est un courant électrique continu qui foudroie le nerf vague, contracte le psoas et fige notre respiration. Ce n'est pas une image poétique : c'est la mâchoire qui se serre la nuit à s'en fendre les dents, c'est l'estomac noué au petit matin sans raison apparente, c'est cette incapacité physique à s'abandonner au repos même quand le danger extérieur a disparu. On ne calme pas un tel dragon en lui récitant des mantras. On le calme en modifiant la physiologie.
Le Bâtisseur nettoie son Athanor avec une discipline silencieuse et implacable. Cela passe par des choix quotidiens, ancrés dans la matière la plus dense.
Le choix d'une alimentation végétarienne, par exemple, n'est pas pour moi une simple posture éthique ou morale. C'est une volonté physiologique d'alléger le travail de l'organisme, afin que l'énergie vitale serve la conscience plutôt que d'être engloutie par de lourdes digestions. De la même manière, la prise d'argile verte, bue chaque matin une heure avant le petit-déjeuner, agit comme un balai microscopique. Ce rituel d'apparence anodine est un nettoyage profond de la tuyauterie interne, préparant le terrain pour que l'énergie puisse y circuler sans entrave.
Mais l'alimentation et la purification interne ne suffisent pas toujours. Le corps garde en mémoire les vieux chocs, les anciennes batailles du "Sauveur" et les peurs enfouies. Tout cela se cristallise physiquement dans nos fascias et nos cuirasses musculaires.
L'Homme Solaire sait qu'il ne peut pas dénouer ces armures par la seule force de son intellect. Il s'entoure d'alliés du corps. Le travail régulier et profond avec un spécialiste du mouvement et des tissus — dans mon cas, l'accompagnement précieux de mon kinésithérapeute — permet de relâcher cette pression mécanique. J'ai traversé des séances où, sous la simple pression des mains sur un nœud musculaire ancien, c'est une vieille tristesse ou une angoisse sourde qui remontait soudainement à la surface, s'échappant dans un long soupir ou une larme.
Ce phénomène bouleversant porte un nom : la libération somato-émotionnelle. Comme l'ont démontré des pionniers tels que le Dr John E. Upledger (découvreur de la libération tissulaire) ou le psychiatre Wilhelm Reich (le père du concept de "cuirasse musculaire"), la mémoire cellulaire n'est pas une métaphore ésotérique. L'émotion non digérée se fige littéralement dans la fibre. Et lorsque le muscle lâche enfin sous le toucher thérapeutique, c'est le fantôme du passé qui s'évapore. Le dragon s'apaise. L'énergie de survie est transmutée en vitalité pure.
C'est cela, la véritable spiritualité redescendue dans la matière. Tant que votre corps est épuisé ou intoxiqué, votre ego aura toujours le dessus, car l'organisme se croira en danger de mort.
Prendre soin de son sommeil, respirer consciemment, choisir le carburant que l'on ingère et libérer ses tissus ne sont pas des pratiques d'hygiène optionnelles. Ce sont des actes de profond respect envers le véhicule qui nous a été confié. On fait les vitres du temple pour laisser la lumière y entrer.
"Votre corps est votre temple. Gardez-le pur et propre pour que l'âme puisse y résider." — B.K.S. Iyengar
Pourquoi cette citation me touche-t-elle ? Parce qu'elle déconstruit des siècles de croyances religieuses qui ont voulu séparer l'âme (considérée comme pure) du corps (considéré comme sale ou pécheur). L'alchimie solaire nous enseigne l'exact inverse : la chair n'est pas l'ennemie de l'esprit, elle est la condition de son accomplissement.
"Réveiller le tigre : guérir le traumatisme" de Peter A. Levine.
L'ouvrage de référence absolu pour comprendre comment nos traumatismes et nos angoisses ne sont pas bloqués dans notre tête, mais physiquement figés dans notre système nerveux autonome. Ce livre est la clé pour comprendre que la guérison passe d'abord par le corps et la décharge de l'énergie de survie.
Infinie gratitude,
Solas Cearta
Prochain article : article 5 - le grand vide : faire confiance à l'immobilité de l'instant présent.
Le thérapeute n'est pas là pour se substituer au médecin et ou pour le remplacer. Le traitement énergétique favorise simplement la mise en place du processus d’auto-guérison naturelle ; il n’autorise ni diagnostic, ni prévisions sur l'issue du traitement. Le praticien conseillera toujours au patient de poursuivre son traitement médical et, le cas échéant, de consulter son médecin s’il désire adapter son traitement.
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